Robinia, acacia ou mimosa??

On se tire souvent les cheveux en botanique, que ce soit pour comprendre certains mots de vocabulaire, pour s’y retrouver dans tous les noms latins ou pour suivre les différentes évolutions de la classification des familles botaniques…

Le jour où vous retenez sans vous tromper la différence entre le xylème et le phloème. Que vous répondez du tac au tac lorsqu’on vous demande si telle feuille composée est pennatifide, pennatipartite ou pennatiséquée. Ou que vous comprenez d’emblée la personne qui vous parle d’un ovule orthotrope, campylotrope, ou anatrope. C’est le jour où vous êtes probablement un botaniste aguerri…

Heureusement, nul besoin d’en arriver là pour s’émerveiller devant la beauté du végétal, l’anatomie des plantes, ou se faire plaisir avec l’identification de quelques espèces courantes.

Le mimosa est l’une de ces plantes enchanteresses, une explosion de lumière en plein coeur de l’hiver, avec tous ses petits pompons qui pétillent, et un bonheur parfumé à portée de nez.

Voilà pour le plaisir sensoriel.

Pour le côté purement botanique, les botanistes débutants ont de quoi en perdre leur latin par contre!

Petit rappel pour les novices, le latin a été choisi pour servir de langue commune au niveau international pour la nomenclature botanique (mais aussi celle des animaux).

Le plus couramment, on notera d’abord le nom de genre avec une majuscule puis le nom d’espèce sans majuscule, le tout en italique.

Par exemple, le petit nom latin de la fraise sera Fragaria vesca.

Qu’en est-il pour le mimosa?

Alors accrochez-vous un petit peu…

Le mimosa que nous connaissons, dit aussi « mimosa d’hiver », s’appellera Acacia dealbata.

A ne pas confondre du coup, avec la plante que nous appelons « acacia » dans le langage courant, et qui elle correspond au robinier faux-acacia, dont le nom latin est Robinia pseudo acacia.

Et pour compliquer les choses, il existe bien un genre botanique des mimosas, comme le Mimosa tenuiflora, appelé « arbre à peau » ou « arbre aux brûlures », et aussi connu sous son nom local Tepezcohuite. Cet arbre est très utilisé pour ses propriétés cicatrisantes pour la peau, mais la pharmacopée locale (Amérique du sud) l’utilise aussi pour ses propriétés anti-infectieuses (bronchite, fièvre), pour les maux de tête ou en cas d’inflammation. Il fait l’objet de recherche également pour ses propriétés anti-oxydantes et antidouleur (1). Il contient en effet de la DMT (dimethyltryptamine, un alcaloïde hallucinogène, certes, mais qui agirait aussi sur les voies neurones de la douleur). NB: une plante de Provence très connue contient également de la DMT: la canne de Provence! Mais son usage détourné en tant que « drogue » reste anecdotique…

Et si on veut mettre une cuillerée de miel d’acacia dans sa tisane, de quel acacia parle-t-on du coup?? Et bien du miel de robinier, aux belles fleurs blanches parfumées qui arrivent un peu plus tard (vers avril), que celles du mimosa.

Le mimosa est donc connu pour ses fleurs comestibles: on en fait des sirops, des bonbons (fleurs cristallisées), des gelées… Elles décorent et parfument une brioche locale dans les Alpes-Maritimes, la mimosette (quel beau nom!).

Mais le mimosa est surtout réputé pour son parfum. Il continue de faire la renommée de Grasse pour son absolue, une substance parfumée très concentrée.

Une absolue est un concentré de substances aromatiques obtenu par extraction avec un solvant volatil (souvent l’éthanol), contrairement au processus permettant d’obtenir des huiles essentielles qui utilise la vapeur d’eau. Le solvant utilisé permettra d’extraire certaines substances que la vapeur d’eau n’arriverait pas à extraire.

L’absolue de Mimosa se compose d’au moins 57 substances odorantes différentes (2). La cueillette de fleurs fraîches de mimosa représentait 90 tonnes à Grasse en 2018. L’absolue de mimosa est utilisée dans plus de 80 parfums dans le monde, et sa production est estimée à plus de 5 tonnes par an, loin derrière l’huile essentielle d’orange douce (49 000 tonnes en 2019), ou l’huile essentielle de lavande (830 tonnes en 2019) (3).

On trouve également maintenant sur le marché de la cire de mimosa, qui permet de parfumer naturellement un baume, par exemple, à base de beurre végétal et d’huiles végétales.

En dehors des fleurs, les autres parties du mimosa contiennent des alcaloïdes, des substances toxiques dont il faut se méfier. Il fait quand même l’objet de recherches concernant un éventuel intérêt médicinal (4), car il est riche en composés phénoliques, et ces substances chimiques ont des propriétés anti-infectieuses et anti-oxydantes. Ces propriétés ont été confirmés « in vitro » dans le cas du mimosa. Par contre, il faudra attendre des recherches complémentaires pour connaître les parties les plus adéquates à utiliser (à priori les feuilles), le(s) mode(s) d’utilisation optimale (à priori l’extrait aqueux, ou l’extrait alcoolique), et surtout son éventuelle toxicité pour l’homme car il contient donc des alcaloïdes, comme de nombreuses plantes de la famille des Fabacées (glycine, cytise aubour, ou lupins amers).

En attendant, cela fait très longtemps que ses fleurs sont utilisées pour la fabrication d’un sirop à la couleur du miel, très prisé en zone méditerranéenne, et qui accompagne bien paraît-il le poisson, ou certaines boissons alcoolisées (à consommer avec grande modération!!!).

Qu’à cela ne tienne! Nous voici au mas des collines, à Fontvieille, en compagnie d’Olivier Thiboeuf, cuisinier amateur des plantes sauvages, pour découvrir de plus près la floraison de cet arbre incroyable, et déguster le sirop (avec de l’eau plutôt) pour une pause rafraîchissante au milieu de ses oliviers.

Je vous le confirme, le sirop est un délice…

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(1) Magalhães FEA, Batista FLA, Serpa OF, Moura LFWG, Lima MDCL, da Silva ARA, Guedes MIF, Santos SAAR, de Oliveira BA, Nogueira AB, Barbosa TM, Holanda DKR, Damasceno MBMV, de Melo JMA Júnior, Barroso LKV, Campos AR. Orofacial antinociceptive effect of Mimosa tenuiflora (Willd.) Poiret. Biomed Pharmacother. 2018 Jan;97:1575-1585. doi: 10.1016/j.biopha.2017.11.001. Epub 2017 Nov 24. PMID: 29793320.

(2) Perriot R, Breme K, Meierhenrich UJ, Carenini E, Ferrando G, Baldovini N. Chemical composition of French mimosa absolute oil. J Agric Food Chem. 2010 Feb 10;58(3):1844-9. doi: 10.1021/jf903264n. PMID: 20070087.

(3) Source FranceAgriMer

(4) Borges A, José H, Homem V, Simões M. Comparison of Techniques and Solvents on the Antimicrobial and Antioxidant Potential of Extracts from Acacia dealbata and Olea europaea. Antibiotics (Basel). 2020 Jan 28;9(2):48. doi: 10.3390/antibiotics9020048. PMID: 32012935; PMCID: PMC7168226.